Un film de Claire Simon. Avec Anne Alvaro, Nathalie Baye, Michel Boujenah, Rachida Brakni.
Les Bureaux de Dieu
Long-métrage de fiction - Couleur - 35 mm - 2008 - 120'
Synopsis
Djamila aimerait prendre la pilule parce que maintenant avec son copain c’est devenu sérieux, la mère de Zoé lui donne des préservatifs mais elle la traite de pute, Nedjma cache ses pilules au-dehors car sa mère fouille dans son sac, Hélène se trouve trop féconde, Clémence a peur, Adeline aurait aimé le garder, Margot aussi. Maria Angela aimerait savoir de qui elle est enceinte, Ana Maria a choisi l’amour et la liberté. Anne, Denise, Marta, Yasmine, Milena sont les conseillères qui reçoivent, écoutent chacune se demander comment la liberté sexuelle est possible. Dans les bureaux de Dieu on rit, on pleure, on est débordées. On y danse, on y fume sur le balcon, on y vient, incognito, dire son histoire ordinaire ou hallucinante.
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Note d'intention du réalisateur
Présentation.
Comment raconter ce que j’ai voulu filmer, ce que j’ai trouvé si beau, chaque fois que j’ai passé du temps dans un centre du Planning familial ? Les tragédies les plus modernes et ancestrales se disent, là, à l’ombre des moulures poussiéreuses d’anciens appartements bourgeois, occupés par des femmes libres qui ont choisi de faire un métier qu’elles inventent au fur et à mesure, un métier qui consiste à écouter d’autres femmes aux prises avec leur liberté d’aimer, d’avoir des enfants, maintenant, un de ces jours, ou jamais. Un coup de fil raté et un enfant va naître pour le meilleur ou pour le pire… Pour cette jeune fille et pour cet enfant ? Qui sait ? Nous sommes dans des pièces qui entendent ce que personne ne dit ailleurs de la nouvelle vie que nous connaissons tous, depuis la séparation possible entre les étreintes amoureuses, le sexe et la naissance d’un enfant.
Processus de fabrication
Comme tout un(e) chacun(e) je croyais connaître le Planning familial, lorsque j’ai été en contact avec le centre de Grenoble il y a maintenant 9 ans. À ce moment-là j’y ai passé quelques jours et tout ce que je croyais connaître s’est éclipsé devant ce que j’y ai vu.
Voilà ce que je leur écrivais à l’époque : « En venant vous voir j’ai découvert un lieu extraordinaire et actuel de la transmission entre femmes. Alors que je suis plutôt du genre à redouter les confinements entre femmes, j’étais fascinée de voir différentes générations de femmes se parler, s’écouter, s’interroger dans le secret de ce lieu que vous avez inventé petit à petit, et qui n’est pas tout à fait une institution, ni seulement une association. Ici, loin de la famille et des amis, on parle de sa vie privée, on essaye de comprendre et de faire face à ce corps par où passent nos destinées, on s’occupe de ce qu’il y a de plus intime et de plus public dans nos propres vies. (…) J’ai envie de peindre toutes les femmes que j’ai vues au Planning, leurs visages, leurs gestes, leurs silences et pas seulement leurs paroles, les jeunes et les moins jeunes, celles qui passent, et celles qui les reçoivent, la lassitude et l’enthousiasme, le café sans sucre, l’envie de parler d’autre chose et les fils que les conseillères tirent avec douceur. »
Et ce que j’écrivais à mon producteur : « Je suis donc allée à Grenoble, 30 bd Gambetta au cinquième étage. Très discrètement, une petite plaque à l'extérieur du bâtiment signale à celles (ou ceux) qui cherchent ce lieu qu'ils sont sur la bonne voie. Ensuite il y a cinq étages à franchir pour arriver là où on essaie de comprendre et de vivre avec ce qui ne se voit pas, ce qui ne se dit pas au grand jour, ce qui est mystérieux aux femmes elles-mêmes : la vie avec leur corps.
« Beaucoup de femmes ou de jeunes filles arrivent là en cachette de leur famille, de leurs amis ou amies, ou même de leur médecin en ville. Elles viennent car elles sont devant des choses difficiles à vivre, à dire ou à penser en privé et en société, elles viennent voir d'autres femmes, du même genre, du même sexe. Comme si chacune venait là pour y trouver une, des femmes capables d'entendre sans s'évanouir ce que la mère, la fille, le frère, le père, le mari, l'amant, la copine, le prof, la police, le médecin, l'État préfèrent ignorer. Et très souvent elles ne savent pas cela distinctement. C'est une fois là, en plein entretien, qu'elles disent une chose à laquelle elles ne s'attendaient pas du tout, qu'elles ne savaient même pas qu'elles pensaient. Comme chez le psy ? Non. Car ce qui se dit est à la fois politique et amoureux, et les questions qui se posent conjuguent la petite histoire privée et la grande Histoire publique. »
Donc à partir de ce premier choc je me suis trouvée devant la difficulté du projet.
Que le Planning soit un tel lieu, j’avais l’impression que personne ne s’en rendait compte. Et qu’au contraire les mots «planning », « familial », « IVG », « contraception », « HIV » fonctionnaient comme des paravents qui empêchaient de prendre la mesure humaine, légendaire de ce lieu.
Dans ces bureaux en haut des immeubles, on pensait que des filles et des femmes s’occupaient avec ces mots. On se disait : affaire classée. Ça roule… La contraception, l’IVG, c’est simple… Ou bien on disait aussi « ces femmes-là »… Comme si au Planning ne venaient que les cas sociaux, comme si la question d’avoir un enfant ou pas, de faire l’amour ou pas ne se posait que dans les milieux « défavorisés ». Comme si séparer la sexualité de la procréation ne nous concernait pas…
Donc peu à peu j’ai imaginé un système filmique pour raconter le Planning. J’ai enregistré avec un magnétophone, et aussi un petit carnet, la vie, les entretiens, les conversations dans plusieurs centres du Planning familial. Nous en avons tiré un scénario en respectant les mots dits, la langue de chacun(e). Et puis lentement j’ai imaginé le système d’interprétation : les conseillères, les médecins, les stagiaires, bref les professionnelles du Planning seraient jouées par de très grandes actrices immédiatement reconnaissables, des « stars », c’est-à-dire des icônes, plus encore, des modèles. Les conseillères pour celles qui viennent les consulter seraient donc à la fois distantes comme des professionnelles et impressionnantes en tant que modèles de femmes libres : Nathalie Baye, Nicole Garcia, etc. Je voulais montrer comment on écoute. Et je pensais que ce jeu-là, de l’écoute, était très difficile à réussir, et que ça valait la peine de le proposer à des stars. Et puis enfin la présence de grandes actrices permettait au spectateur de comprendre qu’il s’agissait d’une fiction et de toutes les femmes. Et bien sûr cela rappelait le fameux manifeste des 343 « salopes », les femmes célèbres de l’époque, qui avaient déclaré qu’elles avaient eu recours à l’avortement clandestin.
Quant aux consultantes c’est parmi les inconnues de la vie de la rue que j’ai décidé de chercher les filles, les femmes, qui ressembleraient celles des entretiens que j’avais enregistrés (au son). J’avais des souvenirs très précis de chacune et nous les avons cherchées un peu partout, selon chaque personnage. Elles ne savaient pas jouer, elles savaient ce que c’était d’être une femme, simplement. Elles ne cherchaient pas à jouer, à convaincre, elles étaient traversées par le texte d’une autre inconnue dont elles devenaient le porte-parole.
Au fil du casting et de la préparation il m’est apparu nécessaire de retrouver les conditions des entretiens réels d’une manière ou d’une autre, pour arriver à quelque chose qui ressemble à une vraie rencontre. C’est pour cela que personne avant la première prise ne connaissait sa partenaire, la rencontre avait lieu devant la caméra avec le texte su, mais avec l’émotion de cette rencontre directement « en fiction ». Les entretiens étaient tournés d’une seule traite en privilégiant l’écoute, ce qui permettait aux actrices (connues et inconnues) de vivre grandeur nature cette remise en scène, pour en être le théâtre plutôt que l’interprète.
Pourquoi ?
J’aimerais qu’on se souvienne comment chaque petit mot, chaque silence s’impriment sur le visage de celle qui écoute, les yeux ouverts, tendus vers l’histoire de celle qui parle.
J’ai eu l’impression en tournant le film que tout ce qui était dit là, était caché depuis longtemps , même si les lois existent en France. Que ce silence allait bien au-delà du légal, du politique. Et peut-être qu’on ne pourrait jamais sortir du silence...
Lorsque j’ai filmé Nathalie Baye le spéculum à la main expliquant aux collégiennes l’examen gynécologique, je voyais non seulement l’actrice mais aussi la femme, qui s’engageait soudain en révélant à tous la dimension secrète, mystérieuse et fatale de la représentation que chacune se fait de son corps. « Vous savez un peu comment vous êtes faites ? » demande-t-elle… Les jeunes filles rient, se voilent la face et écoutent.
Ce film est un tableau de notre vie : l’ambivalence, la difficulté de choisir, le peu d’habitude que nous avons de choisir, la différence que ce choix implique dans nos rapports avec les hommes, et la permanence de ce choix.
NB : J’ai enregistré de temps à autre entre 2000 et 2007. Certains entretiens sont donc antérieurs aux modifications de la loi quand l’entretien préalable à l’IVG était obligatoire et que le délai légal de l’IVG était à 12 semaines. J’ai choisi de les maintenir car il me semblait qu’ils n’avaient rien de dépassé.
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Interview
Entretien avec Nathalie BAYE.
Comment s’est déroulée votre rencontre avec Claire Simon ? La rencontre a d’abord eu lieu via le travail de Claire. Il y a très longtemps, j’avais vu un documentaire à la télévision sur un médecin de campagne qui vivait sa dernière semaine dans l’exercice de ses fonctions. Ça s’appelait Les Patients, et j’avais trouvé ça tellement beau que j’avais écrit à Claire Simon pour le lui dire, ce que je fais assez rarement. Plus tard, j’ai vu d’autres films d’elle. Du coup, quand elle est venue me proposer de travailler avec elle sur ce projet, la rencontre s’est faite très naturellement… Elle m’a parlé de son film, et comme je connaissais son travail, je n’ai pas hésité à dire oui.
Que vous a inspiré le fait de travailler avec des actrices non professionnelles ? C’est une donnée très excitante. Cela m’était arrivée quelques fois (Pialat, Beauvois et quelques autres) mais jamais d’une manière aussi dense et absolue. Je pense que l’enjeu est plus difficile pour les acteurs professionnels que pour les non professionnels. Parce que ces derniers véhiculent une authenticité et une vérité d’une telle force, que le moindre « bidouillage » d’un acteur professionnel peut saper tout le travail… Cela demande à la fois une grande concentration et une grande disponibilité. L’essentiel, c’est d’« être », et pas « jouer ». Et l’écoute, aussi. L’écoute, c’est ce qu’il y a de plus important. D’ailleurs, Claire filme davantage l’écoute que la parole. Elle a raison : la parole, on ne fait souvent que l’entendre, alors que l’écoute raconte toujours quelque chose.
Quel est votre rapport au Planning familial ? Je ne savais pas à quel point le Planning familial était d’actualité. Je pensais qu’entre les années 60 et les années 80, beaucoup de choses étaient entrées dans les mœurs…Peut-être parce que j’habite Paris et que je suis d’une génération qui a eu la chance de voir naître la pilule. Mais je me suis aperçue que, pour beaucoup de jeunes femmes et de moins jeunes qui communiquent peu avec leur famille, et pour lesquelles parler de sexualité reste tabou, le Planning familial joue aujourd’hui encore un rôle exceptionnel, absolument nécessaire et magnifique.
Entretien avec Nicole GARCIA.
Quelles étaient vos premières impressions à la lecture du scénario ? Ce qui m’a troublée et émue, c’est le scénario dans sa longueur, sa durée, la répétition de ces entretiens. Cette aide, ce recours, ce désarroi, cet échange multiplié entre les conseillères et ces femmes… Comme une vague, des voix différentes, toutes liées au Féminin. Il y avait quelque chose d’unique, proche du chant.
Comment avez-vous travaillé avec les actrices non professionnelles ? Professionnelles, non professionnelles… C’est une « différence » vite effacée, parce qu’elles sont capables d’enchaîner les prises au même titre que nous. Et savoir répéter, refaire des choses autant de fois qu’on le demande, c’est vraiment le fait des acteurs. Même si Claire nous replaçait dans cette différence en mettant les actrices pros en position de mise en scène. On jouait, mais pour l’autre, afin qu’elle ait le territoire le plus large possible. Notre jeu ne devait exister que dans cette écoute, c’est en tout cas comme ça que je l’ai vécu. C’était très émouvant de se retrouver face à elles. On ne connaissait pas vraiment leur vie, mais les histoires qu’elles jouaient semblaient être en écho avec la leur. Il y avait une similitude, une passerelle entre les rôles, les places tenues par chacune. Avec, au cœur du dispositif, ce texte appris par les unes et les autres, comme un élément de partage, de communion.
Cela vous semblait important de parler du Planning familial, aujourd’hui ? Non, parce que c’est quelque chose qui m’apparaissait comme assez lointain, attaché aux années 70 – ce qui est faux. Mais ce qui m’intéressait, au-delà de ça, c’était cette façon de parler du féminin dans tous ses états et ses déclinaisons : la demande de pilule, de contraception, d’interruption de grossesse, de désir d’enfant. Toutes ces questions posées à travers le film, et partagées par toutes les femmes.
Entretien avec Isabelle CARRÉ.
Connaissiez-vous les films de Claire Simon avant ce projet ? J’ai découvert son travail avec Récréations. Je trouve ce film insensé dans sa façon de nous faire revivre ce qu’est une cour de récréation, à l’école maternelle. J’aime beaucoup l’idée de rester à hauteur d’enfant pendant des mois. On est dans un microcosme, et pourtant, il y a la vie, le monde en puissance, avec les guerres, les histoires d’amour, les histoires familiales, et tout ce qui attend ces êtres humains, ces adultes en puissance. J’ai retrouvé cela dans Les Bureaux de Dieu. Le Planning familial est un tout petit endroit, avec quelques femmes qui en écoutent d’autres racontant leurs expériences, leurs vies. Et en vérité, c’est beaucoup plus vaste, cela parle de la façon dont notre regard évolue sur notre sexualité, sur nos droits. Où en est-on aujourd’hui ? A-t-on gagné en termes de liberté ? Ce petit appartement est aussi un monde.
Le fait de travailler avec des actrices non professionnelles a-t-il modifié votre travail ? Oui, je pense que mon jeu s’est transformé. Rien qu’au contact de Claire, quelque chose s’opère. Sa façon même d’être derrière la caméra implique une sincérité chez l’acteur. Et puis j’ai été très impressionnée par le travail de ces non-pros tellement pros, qui ne faisaient aucune erreur de texte, alors qu’elles avaient toutes quinze ou vingt pages à apprendre, qu’on tournait en plan-séquence et qu’on ne répétait pas. Leur manière de jouer avec leur propre personnalité, la façon dont elles avaient travaillé en amont avec Claire, la complicité qu’elles avaient avec elle… J’ai le sentiment d’avoir vécu une expérience inédite. Arriver dans cette pièce et partir d’emblée à l’aventure, c’était incroyable.
Qu’avez-vous appris sur le Planning familial ? J’ai l’impression de m’être enrichie au contact de la réalité du Planning. Je savais que des femmes vivaient ce genre de choses, mais j’ai beaucoup appris en lisant le scénario. Sortie de la pilule et du stérilet, j’avais très peu de savoir de ce côté-là. Et j’étais loin de me douter de ce manque de liberté constaté par le film au fil des entretiens. C’est déjà une chose que j’emporte avec moi, une valise en plus, en tant que citoyenne, en tant que personne, en tant que femme aussi.
Entretien avec Rachida BRAKNI.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet de Claire Simon ? On m’a parlé du film pour la première fois il y a plus d’un an. J’ai rencontré Claire, et j’ai lu le scénario d’une traite. Ces entretiens m’ont d’emblée fascinée, notamment par ce qu’ils racontaient sur la vie du Planning. J’ai été également séduite par le parti pris du plan-séquence, qui crée quelque chose de particulier, de l’ordre du bloc. Pour un acteur, ce n’est pas toujours évident de tenir un plan-séquence de bout en bout : il peut y avoir à tout moment une sorte de dépression, une chute de tension. Et puis il y avait un facteur « x », la confrontation avec un non-acteur, qui rendait cette gageure encore plus excitante.
Justement, comment envisagiez-vous le fait de travailler avec des comédiens amateurs ? Je n’avais pas d’a priori là-dessus. J’avais déjà tourné un film avec des non- professionnels et j’étais très impressionnée. En règle générale, je ne fais pas partie de ces gens qui pensent qu’être acteur s’apprend dans des écoles. Je suis persuadée que si un non-professionnel a le désir de s’inscrire dans une histoire, il trouvera de lui-même la rigueur dont peut faire preuve un acteur plus expérimenté. Je me suis rendu compte par le passé que la frontière était infime et que rien ne détermine qui est acteur et qui ne l’est pas. Je l’ai encore vérifié sur ce film-là. Claire elle-même, dans sa manière de diriger, ne fait aucune distinction entre les acteurs professionnels et les autres.
Que saviez-vous du Planning familial ? C’est un lieu que je ne connaissais pas. Mais j’ai l’impression, en lisant la presse ou en écoutant ma petite sœur de 20 ans, que quelque chose s’est durci ces dernières années. Il y a un côté un peu réactionnaire dans cette société : les choses y sont de plus en plus cloisonnées. J’entends parfois des choses aberrantes dans la bouche de jeunes filles qui confondent le désir avec la pornographie et semblent parfois oublier que leurs aînées se sont battues pour l’émancipation et les droits des femmes. J’ai l’impression qu’on est en train – de façon très sourde, très sournoise – de faire table rase de ce passé, de cette histoire… Avec le Planning familial, on est au cœur même d’un choix : le choix de sa sexualité, le choix d’avorter, le choix d’être libre. Et j’ai la sensation que ce choix-là, face à la léthargie ambiante, est aujourd’hui en péril. Il y a comme une régression, et c’est en cela que le film de Claire est important.
Entretien avec Béatrice DALLE.
Comment vous êtes-vous retrouvée sur ce projet ? Je ne connaissais pas le cinéma de Claire. Elle a cherché à me contacter. On s’est rencontrées. On a bu un verre ensemble, on a discuté, elle m’a parlé de son film. Je n’ai pas lu le scénario : comme d’habitude, ce n’est pas le sujet qui me motive, mais le réalisateur qui me donne envie ou non de travailler avec lui.
Vous étiez très au fait des actions du Planning familial ? Pas du tout. Je n’avais jamais mis les pieds dans un Planning familial. Je savais à peu près de quoi il s’agissait, mais c’est tout. J'ai peut-être eu de la chance par rapport à d'autres jeunes filles qui ont eu ce genre de problèmes… En tout cas, je me suis retrouvée dans un univers qui ne me parlait pas du tout.
Comment avez-vous travaillé avec Claire Simon sur le plateau ? J’ai eu beaucoup de difficultés avec le texte et cette manière de parler qui n’est pas la mienne. En vingt ans de cinéma, c’est un des dialogues les plus difficiles que j’ai eu à apprendre. Le parti pris du plan-séquence n’est pas un souci, mais le fait de travailler sur un entretien retranscrit, avec une manière de parler qui est vraiment propre à quelqu’un, cela m’a assez perturbée. Par ailleurs, lorsque Claire cherchait à modifier quelque chose, j’étais complètement perdue, incapable d’improviser, d’avoir une réaction à moi, je ne comprenais rien à rien. Alors je suivais les indications de Claire, qui étaient toujours très précises. J’étais à l’écoute, comme un instrument ; parce qu'un acteur, c'est cela, en définitive : un instrument.
Entretien avec Michel BOUJENAH.
C’est la première fois que vous jouiez face à des comédiens amateurs ? La jeune fille qui est face à moi dans cette séquence a tenu un rôle, elle n’est pas le personnage dans la vie. Je ne crois pas que l’on joue différemment selon que l’on soit amateur ou professionnel : on joue, c’est tout. Par contre, quelqu’un avec plus d’expérience peut parfois aider, soutenir, guider lors des moments difficiles.
Claire Simon tourne essentiellement en plan-séquence. C’est un parti pris stimulant pour un acteur ? Même si je fais des films en tant que metteur en scène, je ne me pose pas ces questions-là lorsque je suis acteur. Je laisse le réalisateur faire ce qu’il veut, je fais de mon mieux par rapport à ce qu’on me demande. Mais il est vrai que les plans-séquences demandent à l’acteur beaucoup plus de concentration, une connaissance du texte plus aiguisée, une implication plus forte. Par ailleurs, le film est tiré de vrais entretiens enregistrés au Planning familial, et j’ai l’impression que le plan-séquence permet de renforcer ce rapport au réel, à la vie.
Quelle idée aviez-vous du Planning familial avant le tournage ? Je ne connaissais pas le travail de Claire, mais j’ai apprécié le fait que le projet soit engagé et évoque des sujets importants dont on ne parle en définitive que très peu. Depuis la loi sur l’avortement et l’apparition de la pilule, on peut penser que les choses se passent normalement, mais c’est faux : des tas de jeunes femmes, en France et ailleurs, ne sont absolument pas informées, ne savent même pas que cela existe. En 68, j’étais un adolescent, j’ai donc connu le MLF, le MLAC (Mouvement de Libération de l'Avortement et la Contraception)… Par ailleurs, je suis issu d’une famille de médecins, mon père était médecin généraliste, mon frère l’est devenu. J’ai été confronté très tôt aux problèmes qui touchent à l’avortement, à la pilule, et évidemment à l’existence du Planning familial. Bref, je connaissais tout cela sur le bout des doigts !
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Générique
Claire Simon
Réalisation
Claire Simon
Scénario
Natalia Rodriguez
Nadège Trebal
Anne Alvaro
Casting
Nathalie Baye
Michel Boujenah
Rachida Brakni
Isabelle Carre
Lolita Chammah
Béatrice Dalle
Nicole Garcia
Marie Laforet
Marceline Loridan-Ivens
Emmanuel Mouret
Stéphane Batut
Directeur de casting
Arthur Simon
Musique originale
Philippe Van Leeuw
Image
Shirel Amitay
Assistant réalisation
Julien Lacheray
Montage Image
Olivier Hespel
Son
Dominique Vieillard
Mixage
Raymond Sarti
Décors
Nathalie Raoul
Costumes
Nelly Mabilat
Direction de production
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Festivals
Quinzaine des réalisateurs, Festival de Cannes 2008 (France) Prix SCAD
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Crédits
Coproduction Ciné @. Producteurs Richard Copans, Philippe Carcassonne, Philippe Kauffmann, Guillaume Malandrin. Avec la participation de Canal+ , CinéCinéma , En association avec Soficinema 4 , Avec le soutien du Centre National de la Cinématographie , du Programme MEDIA de la Communauté Européenne , du Fond Images de la diversité , du Ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité , de l' ACSE , de Tax Shelter ING Invest de Tax Shelter Productions.